Variétés anciennes disparues ou conservées ou rebaptisées en Poitou-Charentes

Un certain nombres de variétés portent des noms très anciens, mais elles ont très souvent été rebaptisées; d’où la difficulté de s’y retrouver. Cependant, un grand nombre de variétés ont été diffusées par des pépinièristes un peu partout en France après la diffusion du livre de La Quintinie en 1690. Il répertorie les variétés qui éxistaient auparavant dans différentes régions. A Versailles, il fait planter, greffer toutes les variétés qu’il peut trouver. Partout en Europe, la mode des grands vergers est lancée et on va retrouver un peu partout des variétés testées par La Quintinie ( Charentais né à Chabanais en 1624 ) . Il ne parle que rarement de l’origine territoriale des fruits qu’il teste, à part quelques exceptions.

Concernant les poires:

‘Bon Chrétien d’hiver connue depuis l’ancienne Rome sous le nom de crustumium … par tous pays et principalement dans la France…à la réserve du Poitou qui se contente de l’appeler la poire de Chrétien….qui est longue et pyramidale, soit dans sa grosseur qui est surprenante…de trois à quatre pouces dans sa largeur, de cinq à six dans sa hauteur…pèsent plus d’une livre…le coloris incarnat dont le fond de son jaune naturel est relevé’ classée comme sa meilleure poire en raison aussi de son extraordinnaire conservation

Portail si renommée dans la province dePoitou ….tous les défauts qui la discréditent….d’être assez dure, pierreuse et pleine de marc, de ne réussir guère qu’en Poitou….quand elle a la bonté qui lui convient, qui d’ordinaire ne se trouve qu’aux arbres sur franc, son eau sucrée, son parfum agréable, sa grosseur, sa couleur….devraient faire trouver bon …quoique il soit meilleur en Poitou que partout ailleurs …mûre en janvier-février’

muscat Robert, dite aussi A la reine, poire d’ambre, pucelle de Saintonge…la chair tendre, l’eau assez musquée, elle murit vers la mi-juillet…poire très bien faite ayant la chair assez tendre et fort sucrée…de la grosseur du Rousselet ( à savoir de petit calibre )…n’ayant guère de défaut qui est celui de la plupart des poires d’été, qui est d’avoir un peu de marc, et ne durer guère; mais en revanche elle rapporte beaucoup. Nos amis de Charente-Maritime aurait-ils une poire qui lui ressemble?

Concernant les pommes:

Il n’y consacre que 6 pages et ne parle que d’une seule:

‘ Haute-bonté sont blanches, cornues et longuettes, et durent longtemps; on les nomme en Poitou Blandilalie, elles ont la chair assez douce avec si peu que rien d’aigrelet’

Concernant les prunes:

Un seule est citée:

‘Roche-Courbon:…..qui sont particulièrement bonnes en pruneaux, comme les Roche-Courbon et les Sainte-Catherine….s’attachent extrêmement au noyau; les Roche-Courbon, qui sont les plus sucrées prunes que nous ayons, ne le quittent nullement.’ Peut-être est-ce la même que la ‘Diaprée de Roche-Courbon’ ( à plusieurs couleurs)qu’il situe en 5ème position pour sa qualité??

Concernant les autres fruits:

Un abricot sans nom est cité: ‘en Angoumois…un petit abricot à amande si douce qu’on la prendrait presque pour des avelines, aussi casse-t-on ces noyaux pour les manger; cet abricot a la chair blanche et est très bon’

Il ne parle d’aucune variété de cerises, mais rappelle: ‘En Poitou et en Angoumois, on appelle guignes ce que nous appelons cerises, on appelle cerises ce que nous appelons merises, et on appelle guindoux ce que nous appelons griottes’

Presqu’un siècle plus tard, André Leroy ( Angevin né à Angers en 1801) dans son édition de 1867, nous donne aussi des indications sur quelques variétés régionales.

Concernant les poires:

‘d’Aigue, daigue, Coudraigue (écrite dègue un sièle auparavant) décrite par Prévost en 1839. En1862, Liron d’Airoles la présente comme étant de Saint-Germain en Vendée où on en voit dans les champs, bon nombre d’arbres pouvant avoir de cent à deux cents ans …de novembre à mars, à cuire’

‘Augier, auger, augert, beauvalot. En 1828, Ferant pépinièriste à Cognac, envoya à son fils qui étudiait au Jardin du Roi, une branche et un fruit d’un franc venu de semis…de janvier à fin avril…couteau 3ème, cuisson’

Belle de Jarnac, avant 1862…novembre à décembre…couteau 1ère (en réalité Nouvelle Fluvie obtenue en 1854 par M. Grégoire de Jodoigne en Belgique) débaptisée (et donc pas Charentaise)

‘Belle de Thouars vers 1830 …qui fut propagée sous le nom usurpé de Belle de Jersey…octobre à novembre…à cuire’

Bergamote de Parthenay, Poireau, bergamote poireau, A poireau, De poireau, beurré de Parthenay…sauvageon découvert dans un bois par Poireau de Parthenay qui l’a propagée vers 1830…poire volumineuse, mi-cassante, pierreuse, sucrée…de janvier à mars couteau 3ème, cuisson’ est encore présente de nos jours

‘Beurré Bourbon…avait été gagné vers 1858, à Poitiers par M. Parigot, magistrat, et provenait d’un semis de pépins variés fait en 1845..d’octobre à novembre, couteau 1ère’

‘Blanquet de Saintonge…multiplié ( par Leroy ) depuis plus de 30 ans (1837) d’origine inconnue, fin août, couteau deuxième’ Elle ne correspond pas du tout à celle décrite par nos amis Charentais

Brindamour…arbre de plein vent âgé de soixante ans environ ( donc vers 1830)...avoir été donné par un cultivateur nommé Brindamour du Vigeant dans la Vienne…sur novembre et décembre, couteau 1ère’

‘Choisnard…vers 1825-1830…dont le pied-mère qui appartient à M. Choisnard aux Ormes près Châtellerault, est un arbre de plein vent qui m’a donné en 1865 plus de douze cents fruits…de janvier à mars, couteau 1ère’

Comtesse de Chambord, 1855, l’arbre-mère donna une récolte assez considérable de gros fruits et d’une belle forme …Son heureux obtenteur, M. le président Parigot (de Poitiers) amateur de pomologie m’a autorisé à décrire et à baptiser son gain’…sur novembre et décembre…couteau 1ère’

‘Eugène des Nouhes, donna ses premiers fruits en 1856 et son obtenteur, M. Parigot de Poitiers le dédia à un ami amateur…fin septembre à début octobre, couteau 1ère’

Louise-bonne, Louise-bonne ancienne, St Germain blanc d’automne…en 1672 cette poire commençait seulement à se répandre…est une grosse poire très longue…elle vient de la terre des Essars ( seigneurerie qui faisait partie des fiefs de la maison de Vivonne)..sur novembre et décembre, couteau 3ème’

‘Muscat Robert ( citée plus haut par La Quintinie) fut appelée vers 1595 Pucelle de Saintonge, puis muscat Robert en 1672…mi-juillet, couteau 2ème’

Octave Lachambre, trouvée en 1825 dans le verger du Château de la Guérinière à Loudun, de fin mars à mai, couteau 1ère’

‘De Poitiers, Orange rouge, Orange du Poitou, Roussette du Poitou (+11 autres synonymes) au milieu du XVIème, fin août à début septembre, couteau 2ème à 3ème’

Orange tulipée, Orange de Saintonge, orange bigarade ( + 8 autres synonymes) originaire de Saintonge ou elle est cultivée depuis au moins 1550, fin août à début septembre, couteau 2ème à 3ème’

Concernant les pommes:

Leroy n’en cite que trois, peut-être que certaines pommes régionales n’étaient pas encore vulgarisées

‘Belle des Buits, dans les localités de la Vienne qui avoisinent le Limousin…où elle porte également le nom de pomme Pierre, non pas à cause d’un sieur Pierre mais en raison de son excessive dureté au moment de la récolte…fournie par M. Guyot de la Rochère et propagée par M. Bruant pépiniériste à Poitiers’

‘Haute-Bonté, Blandilalie, Haute-bonne, De Saintonge, Reinette grise de Saintonge…vers 1590 le procureur du roi, Le Lectier l’avait dans son verger’ Elle est toujours présente dans nos vergers d’amateurs

‘Rivière,...c’est le roi François 1er (1494-1547) qui, chassant dans la forêt de la Bracone sur la territoire de Rivière près Larochefoucault, trouva cet excellent fruit’ Elle est encore présente dansles vergers charentais

Concernant le cerisier:

Très répandu dans les pays de l’Europe de l’est et Anglo-saxons. Jusqu’au XVIème, on ne citait que ‘guigne, cerise, griotte, bigarreau, merise’. Les variétés n’apparaissent qu’à partir de 1582. Notre région a produit:

‘Bigarreau Cayenne, fut donné en 1857, par M. Janin d’Angers qui l’avait importé des environs d’Angoulème où cette variété jouissait, depuis longtemps, d’une certaine vogue’

‘Rouge Pâle, Grosse rouge pâle + 29 synonymes dont Guigne de la Rochelle, Guindoux de la Rochelle, Guindoux rouge, etc…noms apparus dès 1683′ Souvent rebaptisée un peu partout, elle est supposée être de La Rochelle, sans certitude

Concernant l’abricotier:

Introduit en France vers le milieu du XVème il s’est limité aux climats doux, sans gelées printanières, en terrains favorables. Notre région produisit quelques variétés:

‘Alberge de Montgamé, Crotté…sorti du village de Montgamé près Chatellerault, vers 1765, cet excellent abricot’

‘Angoumois, signalé par La Quintinie avant 1690, présent dans bien peu de jardins jusque vers 1800′

‘Rayé, fruit rayé, depuis 1856…propagé par M. Bruant, pépiniériste à Poitiers’

Concernant le pêcher, brugnonier, nectarinier:

‘Pavie alberge jaune, Pavis Angoumois, Duracine, Persais d’Angoumois + 31 autres synonymes…née au début de l’aire chrétienne, mais se trouve rebaptisé ici comme en beaucoup d’autres régions’

Par ailleurs, nous n’avons retrouvé qu’une seule variété de châtaignier qui semble être originaire de la région: la Chevanceaux de Charente-Maritime.

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Aujourd’hui, certaines de ces variétés doivent subsister, sous d’autres noms, sans nom, avec des fruits qui ont un peu évolué. Nous avons des descriptions assez bien faites pour nombre d’entr’elles, mais reconnaitre des variétés en partant d’un panier de fruits se révèle très hasardeux. De plus avec le réchauffement climatique, les dates de maturité sont très avancées, ce qui ôte un repère important.

J-F M 03.2020