Histoire de fruits en Gâtine ( Deux-Sèvres ) n° 1
Il y a certainement fort longtemps que les fruits sont présents en Gâtine, avec des hauts et des bas; en fonction du climat, des modes mais aussi des politiques mises en place par les seigneurs et autres propriétaires.
Pendant quatre siècles, le climat va se réchauffer ( entre 900 et 1300 environ ) et favoriser l’installation des arbres fruitiers, mais aussi des vignes.
Le noyer: Depuis de nombreux siècles, les noyers sont les fruitiers les plus nombreux en Gâtine. Les durs hivers 1575, 1709, 1712 et 1789 vont avoir raison des noyers gatinaux; avec pour conséquence la disparition des moulins à huiles en Gâtine (la principale huile locale était de noix)
Mais des efforts sont faits pour replanter. En 1735, il existe 99 noyers au verger du château de Saint-Loup
En 1801, une campagne de greffe de noyers tardifs est lancée: ‘on greffe le noyer tardif à la pousse, alors l’arbre ne peut souffrir des gelées printanières, parce qu’il ne pousse qu’en floréal et chaque année il donne immanquablement du fruit’. Le noyer était planté sur des parcelles cultivées : ‘une nauraie de 12 ares’ en 1802 et non dans les haies comme la plupart des pommiers et châtaigniers.
En 1802, Parthenay se dote d’une pépinière dont les arbres seront vendus aux particuliers ou utilisée par la commune. En 1812, il s’y trouve 740 pieds de noyers, 550 de châtaigniers, 578 d’ormes, 660 de frênes. Les exploitations agricoles doivent pourvoir à cette politique: ‘se doivent d’entretenir une pépinière de noyer, chateigner, pommier, chaigne et autres arbres’
Le bois était très utilisé pour l’ébénisterie, les sabots et la confection des ‘bois chantant’ ( hautbois, flûtes, chalumeaux de cornemuses) dont Azay-sur-Thouet sera le centre de fabrication reconnu. Une scierie ( Calvet à Parthenay) était spécialisée dans la fabrication de crosses de fusils.
Mais après l’hiver 1709, la production ne sera plus que l’ombre de ce qu’elle fût.
Le châtaignier: Deuxième production derrière le noyer, il subira les mêmes désastres climatiques que le noyer, mais se relevera à chaque fois rapidement (un châtaignier éclaté et abattu repart en ‘seppée’ de 5 à 6 brins). Aucune variété n’est citée; mais on distingue les qualités: ‘un pied de chasteigner de grosses chasteignes plus deux pieds de chasteigners marons’ en 1774. Les châtaignes de petit calibre ou les surplus servent à alimenter quelques porcs dans les métairies.
Le bois était utilisé comme bois de charpente, pour les barrières…etc.. Avant d’être abattus, les châtaigniers étaient écorsés en lanières qui étaient mises en fagots et destinées à être broyées pour tanner les peaux. D’où de nombreux moulins à tan en Gâtine.
Le poirier: Plus nombreux que les pommiers, les poiriers sont très répandus.
Dans les borderies et métairies, les variétés sont essentiellement locales. Entre 1685 et 1776, on rencontre les variétés ci-près: -jaunet -poire blanche -josuette -avagnes -cordeliers -grassioly -sucre vert -degue
Dans les jardins de curés, de nobles ou de riches notables, on rencontre de nombreuses variétés provenant d’autres régions de France.
Dans l’inventaire très détaillé réalisé en 1735 par le jardinier du château de St Loup, 518 poiriers sont bien identifiés: -ambrette 25 -beauprefent 7 -bellissime 3 -bergamotte 6 -bergamotte d’été 4 -bergamotte d’automne 3 -bergamotte de soulers 1 -bergamotte de suisse 2 -bergamotte panachée 2 -bezy de l’echasserie 20 -bezy d’héry 3 -bezy de chaumontel 9 -bezy lamotte 4 -blanquette 5 -bocurée 30 -bon chretien 15 -bon chrétien d’été 3 -bon chrétien d’hiver 41 -bordon musqué 3 -cailleau-rosat 2 -cassolette 5 -colmar 25 -crassanne 17 -cuisse madame 4 -d’Angleterre 3 -doyenné 15 -epine d’été 5 -epine d’hiver 16 -fondante de brest 3 -louisbonne 3 -madeleine 4 -marquise 7 -martin sec 7 -monsieur jean 31 -mouille-bouche 3 -oignon 2 -orange 13 -petit muscat 6 -portal musqué 1 -ratteau 4 -rousselet 29 -royale d’été 5 -royale d’hiver 7 -saint françois 7 -saint germain 35 -sucré vert 3 -verte longue 15 -virgouleuse 55
Dans l’inventaire que le curé du Tallud a réalisé vers 1730, la moitié des poiriers n’a pas de nom et il a baptisé un certain nombre d’autres de nom de lieu d’où proviennent les plans ou greffons: -a grande cue -bec de canne -bellissime -besi deschasserie -bure d’angleterre -bure rou -cabaret de sauray -cargoulle -chat grillé -colmard -cordeliere -crassanne -degue -de saurray -despin deste -dirondelle -embrette epineux -eschillet -fleur double -gros blanqhet -gros rousselot -marquisse -martin sec -messire jean -mulotte dhiver -musette deste -musque -musquet alment -oignon -petit blanquet -portal -puerrate -ratau -ronet -rousselot -royalle -sainte anne -saint germain -saint jean musquet -saint lesein – vert musque -verte de Mr de la Moulière -virgoulé
Les variétés tardives se conservant jusqu’à la sortie de l’hiver sont privilégiées et leur nombre est plus important que pour les variétés précoces.
Le pommier: Bien présent dans les campagnes, il est un peu moins nombreux dans les grands vergers, en comparaison avec le poirier. De plus, ils sont greffés sur francs et majoritairement plantés dans les haies.
-1692 à Azay-sur-Thouet: ‘la moitié dans les pommes renette et rousse’
-1730 au verger du curé du Tallud, on y trouve quelques variétés: -apy -calvy de la grange -cherouse, -de poitiers -martrange -peratte -petit calvy -rened blanc
-1735 au verger de St-Loup, 225 pommiers sont identifiés, plus 10 inconnus: -api 57 -calville blanc 17 -calville rouge 20 -charge b( ? ) 20 -de saravit 3 -fenouillette 14 -remboure 21 -renette 69 -rouge 1 -de Xainton 3. On ne sait si les 69 renettes sont d’une seule variété ou si c’est un fourre-tout de renettes ( la Clochard en est-elle ? )
-1774 à Secondigny: ‘un petit pommier de pommes clochard dans le quaireux’
Le cidre était peu utilisé en Gâtine avant la fin du XVIIIème.
-1763 à Soutiers: ‘une barique de vin de pommes’
-1794 au Tallud: ‘un ustensille a fouler des fruits pour faire du cidre’
-vers 1900: ‘pomme Cannelle dans les Deux-Sèvres’
Le prunier: Ils sont assez nombreux en Gâtine et on faisait sécher les prunes afin de les conserver pour l’hiver et le printemps:
-1670: ‘trois boiceaux de prunes et poires mellées’ (séchées)
-1695: ‘quatre clayes (grilles) a faire meller fruit au four’
Il existe de nombreuses variétés locales se reproduisant par drageons. D’autres plus connues sont rencontrées en Gâtine:
-1770: ‘sainte catherine place du vauvert de parthenay’
-1773: ‘sainte-catherine très répandue en poitou et dite prunaux de Tours’
En 1735, dans le verger de Saint-Loup, il existe 10 arbres ‘inconnus’ et 119 arbres des variétés suivantes: -abricot vert 1 -boulourd 1 -damas à la perle 2 -damas blanc 2 -damas de tours 1 -damas rouge 2 -damas violet 11 -drap d’or 1 -madeleine 3 -lille verte 1 -de monsieur 2 -mirabelle 7 -reine claude 46 -rouge courbon 4 -saint-jean 2 -saint-michel 2 -sainte catherine 31
Autres fruitiers:
Le cerisier est cité parfois dans les inventaires des métairies et borderies sans nombre ni nom. Au verger du curé du Tallud, on trouve: ‘proche les serisiez entés…18 serisiez entés..7 guinne precosse.. 3 guinne chaussée…4 guine chaussée’
Le cognassier est aussi présent et sert souvent de porte-greffe au poirier. Le curé du Tallud cite: ‘avec trois cougnasers qui sont le nombre tout six…8 seur cougnast et 2 seur franc de jette’
Les autres fruitiers sont rarement cités, si ce n’est au verger de Saint-Loup où il est recensé en 1735: -abricotiers 44 -amandiers 65 -grenadiers 3 -groseilles et cassis 38 -muriers 3 -néfliers 2 -noisettiers 3 -orangers 18
La Vigne: Vers l’an 1000, on rencontres des vignes un peu partout: Hérisson, Parthenay, La Peyratte, Secondigny. Au XIVème siècle, le climat se refroidissant, la vigne va régresser:
-1506 à Fenioux: ‘terres en vignes et de présent en terres labourables’
-1708 à Gourgé: ‘deux journaux de vigne a present en houche’
Toutefois, elle va se maintenir sur les sols qui lui sont favorables ou protégée par de hauts mûrs.
-1581 à Secondigny: ‘ avec une pièce de vigne assize devans les antiens moulins à bled de monseigneur’
-1706 à Allonne: ‘pour faire des lytyere et pousrain pour la vigne et le jardin’
Le terrible hiver 1709 et le froid du printemps 1710 vont détruire une grande quantité de vignes et on ne les retrouvera qu’au pourtour de la Gâtine.
-1710 à Saint-Denis: ‘les quels vignes sont en chaume et abandonnées’
-1788 à Saint-Loup: ‘une pièce de terre en friche autrefois en vignes au fief des Miennes’
Malgré tout, certains feront des efforts pour installer à nouveau des vignes:
-1735 à Saint-Loup, le verger du château possède 16 Chasselas, 1 Corinthe et 17 Muscat
-1753 à Tessonnière: ‘quatorze journeaux de vignes ( à la Maucarrière) en onze pièces, seize au fief du Pont de Barrou’
-1804 à Chantecorps: le maire réussit ses plantations et il est imité
L’arrivée du phylloxera en 1868 éliminera la vigne de notre département pendant quelques décénnies. ( voir aussi l’article de Bélisaire Ledain)
J-F Meurville 02.2020
Sources:
-Archives Départementales Deux-Sèvres ( plan du verger de St-Loup )
-Dictionnaire de la Gâtine ancienne par Albéric Verdon
-Instruction pour les Jardins Fruitiers par J-Baptiste de la Quintinie.
-Dictionnaire de Pomologie par André Leroy
Histoire de fruits en Gâtine n° 2
Supplément concernant la vigne:
Extrait du Mémoire sur le Poitou rédigé pour le Comte d’Artois en 1779
» En 771, le sol de cette province est en général très fertile en bleds d’une excellente qualité et en vins d’une médiocre, dont on fait beaucoup d’eau-de-vie »
Extrait du livre de Bélisaire LEDAIN ( 1832-1897 ) » La Gâtine historique et monumentale » édité en 1876, qui reprend des documents anciens: –« Charte de Parthenay-le-vieux de 1092″ – » Cartulaire de l’Absie » – » Cartulaire de Talmont » – » Archives du château de Chapelle-Bertrand » – » Archives de la Vienne H, 3. et fonds du Bois-de-Secondigny »
» Le caractère pacifique de Guilllaume IV ( seigneur de Parthenay de 1140 à 1182 ) dut être, en effet, une cause puissante de prospérité pour la Gâtine. L’agriculture, sous l’influence des moines-laboureurs, y fit à cette époque de sensibles progrès.
C’est ce que prouve un fait agronomique considérable qui ne saurait être passé sous silence. Nous voulons parler de la culture de la vigne abandonnée depuis longtemps en Gâtine, mais qui au XII ème et en général durant tout le moyen äge y était très florissante.
Dès le milieu du XI ème siècle, les chartres constatent l’existence de plusieurs vignobles, près du château de Hérisson et dans la paroisse de la Pératte. Sept arpents sont donnés vers 1070, près de Secondigny, à l’abbaye de Bourgueil pour planter des vignes. A la fin du même siècle, elles en signalent beaucoup autour de Parthenay, dans les environs de Mazières, dans les paroisses de Lamairé et d’Aubigny, à la Coudrelle et de nouveau dans la paroisse de la Pératte. Au XII ème siècle, la vigne est en pleine culture autour de l’abbaye de l’Absie et de la Chapelle-Thireuil, notamment à Saumore. On la retrouve encore à Mazières et surtout autour de Champdeniers dont le seigneur jouissait du droit de pressoir en 1177.
Un acte de 1246 signale des vignes à la Touche, paroisse de Loge-Fougereuse. Un autre acte de 1281 mentionne les vignes du fief de Ville près de Parthenay. Plus tard, un acte de 1390 mentionne les vieilles vignes de Loméa dans la paroisse de la Boissière en Gâtine, vignes existant encore en 1440.
D’autres actes signalent des vignes à la Ferrière en 1386, au Cormenier près Secondigny en 1443, près Saint-Mars-la-Lande en 1517 et près le château d’Amaillou en 1709.
Tout cela prouve l’antiquité et la persistance de cette utile culture dans toute l’étendue du pays ».
